• Inventée vers 1900, la schizophrénie est devenue en cent ans la plus grande pourvoyeuse d'hospitalisations psychiatriques, la source de nombreux faits divers, une figure dominante de la culture cinématographique, un objet désormais récurrent d'intérêt médiatique.
    L'historien, Hervé Guillemain s'est plongé dans les dossiers de milliers de patients. Écrire l'histoire du point de vue des cliniciens n'aurait apporté rien de neuf. La schizophrénie, cette maladie du siècle, a déjà une histoire. C'est bien celle des schizophrènes et de leur prise en charge médicale, politique et sociale qu'il convenait d'écrire avant que cette appellation, considérée par de nombreux médecins comme fragile, inopérante et stigmatisante, disparaisse des classifications mondiales.
    Il en ressort que l'un des premiers buts de cette " nouvelle maladie ", née sur les beaux restes de la mélancolie, fut de prévenir l'essor des psychoses juvéniles. Plus généralement, ce sont aussi bien des domestiques en difficulté, des migrants confrontés à la crise que des jeunes adultes aspirant à l'émancipation qui formèrent, sous l'égide de la science et de la pratique médicale, un nouveau sous-ensemble de population reconnaissable à ses postures, ses gestes, la résistance aux thérapies et son inadaptation au nouveau modèle sélectionniste scolaire, militaire ou professionnel.
    Il en ressort aussi que des années 1900 aux années 1970 ces sujets considérés comme incurables ont été soumis à une double peine : la représentation socialement négative accolée à leur souffrance s'est doublée d'une intensification de leur traitement et d'une dégradation alarmante de leurs conditions de vie.
    Pourquoi et comment une nouvelle maladie mentale naît-elle, évolue-t-elle, meurt-elle ? C'est à cette question qu'Hervé Guillemain répond en écoutant la voix de ceux qui furent à la fois les sujets et l'objet d'un épisode phénoménal.

  • L'histoire de la thérapie morale et psychologique des aliénistes et des psychologues doit bien davantage aux pratiques religieuses qu'on veut bien le croire. Quand elles s'appliquent à la souffrance des âmes, médecine et religion s'opposent-elles ? L'histoire de la folie pourrait s'écrire en retraçant la lente marche vers une " laïcisation de l'esprit " : le prêtre progressivement dépossédé de son pouvoir guérisseur par le médecin, l'âme qui tend à se fondre dans l'univers neurologique, l'inconscient qui surgit avec la psychanalyse au début du XXe siècle. Pourtant, l'étude des pratiques thérapeutiques, religieuses et laïques, incite à réviser assez largement cette vision schématique. Dans ce livre ambitieux, Hervé Guillemain révèle que la thérapie morale et psychologique des aliénistes et des psychologues doit quelque chose aux pratiques religieuses. Les techniques hypnotiques regardent ainsi du côté de l'exorcisme et la psychanalyse du côté de la confession. On sait peu, par exemple, que, dans l'entre-deux-guerres, des chrétiens jouèrent un rôle important dans la diffusion de la psychanalyse dans la société française. L'histoire des pratiques thérapeutiques de la folie et des troubles psychiques, depuis le traitement moral appliqué dans les asiles d'aliénés au XIXe siècle jusqu'aux psychothérapies modernes du XXe siècle, apparaît à certains égards comme un nouveau développement de l'histoire des directions de conscience héritées du christianisme. L'auteur montre que le savoir scientifique sur la folie et sur la conscience ne peut être, lui non plus, dissocié de la morale et des concepts religieux et qu'il faut comprendre ensemble le péché et la dégénérescence, le traitement des aliénistes et la théologie morale, la possession et l'hystérie. Il avance que, loin de s'opposer, la médecine, la psychologie et la religion font partie d'une même histoire sociale et culturelle.

  • Dès la mobilisation générale et les premiers combats la guerre de 1914 - dont personne ne prévoyait qu'elle durerait jusqu'en 1918 - imposa un rythme et une violence auxquels nul n'était préparé. La psychiatrie et la médecine militaire furent prises au dépourvu. De l'homme de troupe jusqu'à l'officier, ils furent des milliers à souffrir de troubles du comportement qu'on ne savait ni soigner, ni décrire : dingos, idiots, fous... Peu à peu, toutefois, se développa une réflexion sur les névroses et les traumatismes de guerre. Mais celle-ci fut " oubliée ", refoulée, au fil des années 1920/1930 - tout comme furent marginalisés, délaissés ceux que la guerre avait rendu fous sans qu'ils aient nécessairement de blessure visible.
    Se fondant sur des documents inédits, puisés dans les archives des asiles et des hôpitaux, Hervé Guillemain et Stéphane Tison font entendre la voix des ceux qui furent brisés par la guerre : les hommes, leurs femmes, leurs enfants. Rythmant leur étude de récits vrais, bouleversants dans leur simplicité et leur sobriété, ils montrent l'ampleur du défi auquel fut confrontée la psychiatrie, et la révolution intellectuelle qui mit plusieurs décennies à s'accomplir.

  • Comment la foi s'est-elle inscrite dans le siècle ? À partir d'exemples empruntés aux différentes périodes de l'histoire, les auteurs de cet ouvrage collectif interrogent les modes d'interaction entre la religion chrétienne, la culture profane et la société. On redécouvrira ici sous de nouveaux traits l'empreinte culturelle du christianisme (musique, peinture, construction et restauration d'églises, travaux des clercs érudits). On comprendra, à travers des études de cas régionaux et de manuscrits inédits, comment la religion chrétienne diffuse ses valeurs de référence par le biais de réseaux et de relais spécifiques, comment elle inspire un certain type de rapports à la cité ou à la science, suscitant par là des pratiques sociales singulières mais aussi des controverses politiques et des confrontations intellectuelles passionnantes. Les conflits du XXe siècle sont des temps majeurs de cette histoire. On lira donc aussi dans ce volume de quelle manière ceux-ci pèsent sur l'expression culturelle, individuelle ou collective, de la foi. Cet ouvrage est un hommage à Brigitte Waché dont les travaux contribuent à faire sortir l'histoire religieuse de son isolement en la confrontant à une histoire culturelle en plein développement.

  • Voici une contribution aux débats autour du concept de marché, cette institution qui conditionne de plus en plus la vie quotidienne de l'humanité. Quelle est la nature du marché ? Quelle place occupe-t-il dans la société ? Quel est son espace ?

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