• L'Istanbul d'aujourd'hui, avec ses 15 millions d'habitants et ses circulants en nombre indéfinissable, n'a plus rien à voir avec celle d'il y a vingt ans à peine. Mégapole choyée par un pouvoir qui l'a promue en vitrine de sa puissance et de son identité refabriquée, qui fascine un " arrière-pays " de plus en plus vaste et diversifié, Istanbul a radicalement changé de dimensions et de fonctions. Ce livre en propose un portrait unique, fasciné et fascinant. Istanbul est un continent urbain inconnu, trop souvent réduit à quelques prétendus hauts lieux - de plus en plus perdus dans l'immensité métropolitaine environnante - extraits d'un imaginaire réducteur, aux figures par trop rebattues. Il y a pourtant urgence à sortir des lieux communs et " centripètes " pour prendre la mesure de l'organisme urbain monstrueux devenu ces deux dernières décennies la principale métropole du bassin méditerranéen, au pouvoir attractif croissant. Pour cela, il faut en finir avec les images d'Épinal comme avec les impératifs et must de la puissante économie touristique. Car l'Istanbul d'aujourd'hui, malgré la résilience des stéréotypes, avec ses 15 millions d'habitants et ses circulants en nombre indéfinissable, n'a plus rien à voir avec l'Istanbul d'il y a ne serait-ce que vingt ans. Mégapole choyée par un pouvoir qui l'a promue en vitrine de sa puissance et de son identité refabriquée, mégapole qui fascine un " arrière-pays " de plus en plus vaste et diversifié, Istanbul a radicalement changé de dimensions et de fonctions. Outre l'étalement vertigineux qui la caractérise, avec toutes les conséquences fâcheuses pour son environnement, elle est le théâtre de profondes transformations, à la fois physiques, économiques et culturelles. Laboratoire de la " Nouvelle Turquie ", elle est à la fois le lieu de la reconstruction de la référence ottomane - source de fierté -, le lieu où la dualisation de l'économie turque est la plus frappante, et le terrain d'expérimentation de nouvelles façons de vivre. Ces dernières sont tiraillées entre les tentations individualisantes de l'économie de la consommation conjuguée à un espace public " libérateur ", et les tentations communautaristes des identités collectives réinventées. L'auteur, géographe qui vit à Istanbul depuis la fin des années 1990, a été le témoin direct de cette vertigineuse métamorphose. À partir des territoires périphériques émergeants et de sources turques et de première main - notamment de la presse quotidienne -, il partage ici son expérience de terrain pour offrir un portrait d'Istanbul en décalage avec les discours convenus, sans orientalisme, sans culturalisme ni catastrophisme.

  • Comment ce fils d'un marin de la mer Noire immigré à Istanbul, issu d'une famille modeste, conservatrice et religieuse a-t-il pu gravir les échelons du pouvoir jusqu'au sommet ? Pourquoi s'est-il affirmé comme un partisan d'une modernisation libérale de l'économie en même temps que le promoteur d'un retour aux valeurs traditionnelles ? Recep Tayyip Erdo?an règne sur la Turquie depuis 2003. Dans ce pays qui a connu quatre coups d'État militaires entre 1960 et 1997, aucun homme politique n'a bénéficié d'une telle longévité au sommet de l'État depuis le milieu du xxe siècle. Hormis Mustafa Kemal, nul n'a aussi profondément transformé la Turquie. Or personne n'aurait cru, au début des années 2000, qu'un homme affichant ouvertement son intention de donner à l'islam une place prépondérante parviendrait à s'affranchir de la tutelle des généraux turcs, gardiens sourcilleux de la République laïque fondée par Atatürk. Jean-François Pérouse et Nicolas Cheviron, qui ont suivi, en Turquie, depuis le début des années 2000, l'ascension du fondateur de l'AKP (le Parti de la justice et du développement) signent la première grande biographie de l'homme qui voulait rompre avec les choix d'Atatürk tout en devenant son égal - le nouveau père de la Turquie.

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