• En France, tout le monde ou presque se croit antiraciste. Pourtant les discriminations se perpétuent, de génération en génération, et les discours mettant violemment en cause les minorités se propagent en toute impunité. La mécanique raciste démonte les rouages de ce racisme systémique et en décortique les pièges. L'" intégration ", le " vivre-ensemble " et autres mascottes de l'antiracisme d'État, plaide Pierre Tevanian, sont des leurres qui minent une nécessaire politique d'égalité. Tout le monde ou presque se dit antiraciste. Pourtant, les discriminations se perpétuent dans des proportions massives, et en toute impunité. La Mécanique raciste met à nu, chiffres à l'appui, cette remarquable contradiction. À rebours des discours complaisants faisant du racisme une simple pathologie individuelle ou un réflexe de " peur de l'autre " naturel et compréhensible, Pierre Tevanian souligne son caractère systémique et son enracinement dans notre culture. Soucieux de " connaître pour mieux combattre ", il prend le racisme au sérieux et analyse ses ressorts logiques, esthétiques et éthiques, comme il est d'usage de le faire pour tout système philosophique - à ceci près qu'il s'agit ici de déconstruire une manière perverse de raisonner, de percevoir l'autre et de se concevoir soi-même. L'objectif de ce livre n'est pas tant de " retourner " des racistes convaincus que de questionner et armer l'antiracisme. À l'heure où se construit un consensus phobique autour du " voile islamique ", du " problème des Rroms " et de la " crise migratoire ", il constitue un outil précieux. Concis, précis, implacable, il démasque le " racisme vertueux " des bons " républicains " et démonte les faux-semblants de l'" antiracisme d'État " - la " tolérance ", l'" intégration ", le " vivre-ensemble " - pour nous ramener à l'essentiel : une question simple mais sans cesse évacuée, celle de l'égalité.

  • La religion est l´opium du peuple : relisez Marx ! C´est en ces termes qu´au début de l´année 2010, le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) fut renvoyé à ses chères études par un choeur unanime composé, entre autres, d´Aurélie Filippetti, Nadine Morano, Laurent Fabius et Michel Onfray. Le motif ? La candidature, jugée saugrenue, d´une jeune militante du Vaucluse qui avait le mauvais goût d´être musulmane et de porter un foulard. Ce sarcastique conseil de lecture est, depuis lors, repris quasi rituellement, dans l´ensemble de la gauche française, à chaque fois que des musulmans investissent le champ politique, tandis que se multiplient les professions de foi antireligieuses - dont la version la plus vendeuse a été, ces dernières années, le Traité d´Athéologie de Michel Onfray (Grasset, 2005).

    C´est ce sarcastique conseil de lecture qu´on a ici choisi de prendre au sérieux - et l´expérience se révèle passionnante. On découvre en chemin qu´il est fort difficile d´enrôler post-mortem l´auteur du Capital dans la cabale éradicatrice des chasseurs de voile, d´islam ou de religion - et pas davantage Engels, Lénine, Trotsky ou Rosa Luxemburg. On découvre même qu´un des grands apports théoriques et pratiques du mouvement socialiste d´inspiration marxiste au combat progressiste est d´avoir pointé les limites du combat antireligieux issu de la tradition des Lumières et de l´avoir relégué à l´arrière-plan, en le dénonçant comme un écueil, un idéalisme ou une ruse de la bourgeoisie. On découvre que Marx et les marxistes ont même théorisé et pratiqué l´alliance entre « celui qui croit au Ciel et celui qui n´y croit pas ». On réalise enfin la malicieuse actualité de leurs analyses : c´est aujourd´hui l´athéisme et le combat antireligieux, l´irréligion en somme, qui peuvent être considérée comme l´opium du peuple de gauche.

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