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Gallimard
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Né en 1928 à Sighet en Transylvanie, Elie Wiesel était un adolescent lorsqu'en 1944 il fut déporté avec sa famille à Auschwitz puis à Birkenau.
La Nuit est le récit des souvenirs qu'Elie Wiesel conserve de la séparation d'avec sa mère et sa petite soeur qu'il ne reverra plus jamais et du camp où avec son père il partage la faim, le froid, les coups, les tortures... et la honte de perdre sa dignité d'homme quand il ne répondra pas à son père mourant.
"La Nuit, écrivait Elie Wiesel en 1983, est un récit, un écrit à part, mais il est la source de tout ce que j'ai écrit par la suite. Le véritable thème de La Nuit est celui du sacrifice d'Isaac, le thème fondateur de l'histoire juive. Abraham veut tuer Isaac, le père veut tuer son fils, et selon une tradition légendaire le père tue en effet son fils. L'expérience de notre génération est, à l'inverse, celle du fils qui tue le père, ou plutôt qui survit au père. La Nuit est l'histoire de cette expérience."
Elie Wiesel a reçu le prix Nobel de la paix en 1986.
La comédienne Guila Clara Kessous a reçu en 2012 le prix d'Artiste pour la paix de l'UNESCO. C'est à elle qu'Elie Wiesel et Josette Keisermann, présidente de l'Association HAC, ont confié la lecture de ce bouleversant témoignage. -
"C'était avant la guerre quatre inséparables dont le plus âgé avait 82 ans et le plus jeune 75.
Toujours à la même heure, toujours dans la même direction, par tous les temps, ils faisaient leur promenade sur la fine route blanche, ombragée par les charmes, qui passe devant Arras. La guerre vint.
Et toujours à la même heure, dans la même direction, sur la fine route blanche, éventrée par les obus, vérolée par la pluie des shrapnells, sous les charmes élancés qui gémissent au vent des balles, quatre silhouettes se profilent, grêles, qui vont de nouveau à pas menus, avec des gestes calmes et lents."
Première Guerre mondiale est un recueil de textes - témoignages et nouvelles - écrits par le jeune Joseph Kessel. Il est marqué par son expérience à l'hôpital de Nice où affluent les premiers blessés du front, mais aussi par les bouleversements des hommes et du monde en temps de guerre, sur lesquels il porte un regard poignant, tour à tour optimiste et révolté. -
"Non, meussieur Vili, non, Claudine ce n'est pas Unetelle, ni Mme Chose, ni Mlle Truc ou Machin-Chouette... Non, meussieur Vili, Claudine, c'est moi."
Colette (1873-1954) qui signa d'abord "Gabrielle Colette", puis "Colette Willy", puis "Colette Jouvenel", puis "Colette", qui aurait pu signer "Colette Goudeket" et ne le fit jamais, a été l'un des écrivains les plus célèbres et les plus admirés de son temps. Elle a séduit les publics les plus simples comme les plus raffinés. Auteur de nombreux romans et nouvelles, elle fut aussi mime, danseuse nue, actrice, journaliste, rédactrice de journaux à scandale, conférencière, esthéticienne. Sa vie privée, une fois débarrassée de ses légendes, de ses maris, de ses amants et de ses amantes, vaut bien un roman : celui d'une «écrivaine» éprise avant tout de liberté. -
"Dans ce livre, il est question d'une vie brève. Pas de celle d'un inconnu choisi au hasard, parce que j'aurais vu sa photo, son sourire, dans un vieux journal, mais celle de mon père, Maurice Audin.
Peut-ê -
"S'il fut tous les livres qu'il lut, s'il fut le temps de chaque livre de doctrine la prosopopée soit exaltée soit courroucée de l'idée magistrale qui y était défendue, si de tous les romans il fut le héros du roman, alors il est ce défaut que requièrent pour préalable de semblables métamorphoses ; il est cette défection qui préside à l'échange. Il est cette disparition."
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Le 22 mai 1901, le procureur général de Poitiers apprend par une lettre anonyme que Mlle Mélanie Bastian, cinquante-deux ans, est enfermée depuis vingt-cinq ans chez sa mère, veuve de l'ancien doyen de la faculté des lettres, dans une chambre sordide, parmi les ordures. Comment cette affaire, où la culpabilité de Mme Bastian et de son fils semble évidente, put-elle aboutir à l'acquittement des inculpés ?
André Gide démonte magistralement le dossier de cette affaire devenue légendaire. Et il conclut : "Ne jugez pas." -
"Être seule, vivre intérieurement pour soi, est pour moi un besoin aussi impérieux que le contact et la chaleur humaine. Besoins aussi forts et passionnés l'un que l'autre, mais séparés et sujets au changement et à l'alternance, et c'est précisément cela qui paraît infidèle et inconstant."
Romancière, essayiste, psychanalyste, Lou Andreas-Salomé (1861-1937) est avant tout un esprit libre. À vingt ans, elle fait le pari d'une amitié philosophique avec Nietzsche, et joue avec le feu de son amour. À trente, compagne de Rilke, elle le guide sur la voie de la création, et se dérobe à sa passion. À quarante, elle est accueillie par Freud comme sa disciple la plus intelligente, et lui fait accepter ses hérésies. Femme parmi les hommes, elle a rêvé d'un "monde de frères", de mariage sans sexualité, de maternité sans procréation, d'inconscient sans pulsion de mort. Philosophie, poésie et psychanalyse ont été les instruments d'une seule grande affirmation : le lien indissoluble entre l'individu et la vie tout entière. Lou Andreas-Salomé n'aura eu qu'une obsession - qui est aussi le titre d'une de ses nouvelles : "le Retour au Tout". -
Il y a deux sexes ; essais de féminologie
Antoinette Fouque
- Gallimard
- Folio actuel
- 5 Mars 2015
- 9782072577673
"C'était déjà la féminisation de la pauvreté, l'insécurité sexuelle et la montée des intégrismes qui avaient motivé, la première édition de ce recueil. Le constat négatif que je faisais alors, loin d'être obsolète, est plus que jamais d'actualité. Les nouveaux textes de cette réédition attestent une régression, une contre-libération menaçantes. [...]
Libérer à sa source la libido creandi des femmes, c'est lancer un défi permanent à cette guerre et s'ouvrir à la géni(t)alité des deux sexes. Se souvenir que le premier environnement de chaque humain est un corps vivant, parlant ; se souvenir qu'on naît d'une femme (et aussi d'un homme) et en éprouver de la gratitude, c'est abolir un ordre symbolique, tyrannique, hégémonique ; c'est vaincre l'addiction spéculaire de Narcisse, s'évader des dogmes et des illusions des religions du Livre ; c'est stopper la spéculation du Tout-marchandise, du Tout-profit ; mais c'est aussi, sans doute, commencer à penser.
La gestation, hospitalité psychique autant que charnelle, comme paradigme de l'éthique, de la responsabilité et du don ?
Génitrices, généalogistes, archéologues, archives et archivistes de l'espèce humaine, des femmes ont commencé à vivre leur nouvelle "condition historique", à inscrire la genèse d'une modernité tardive.
C'est l'hypothèse positive que réaffirme cette nouvelle édition."
Antoinette Fouque. -
"Je revendique le droit d'utiliser le verbe "saboter" selon le bon vouloir de la langue italienne. Son emploi ne se réduit pas au sens de dégradation matérielle, comme le prétendent les procureurs de cette affaire.
Par exemple : une grève, en particulier de type sauvage, sans préavis, sabote la production d'un établissement ou d'un service.
Un soldat qui exécute mal un ordre le sabote.
Un obstructionnisme parlementaire contre un projet de loi le sabote. Les négligences, volontaires ou non, sabotent.
L'accusation portée contre moi sabote mon droit constitutionnel de parole contraire. Le verbe "saboter" a une très large application dans le sens figuré et coïncide avec le sens d'"entraver".
Les procureurs exigent que le verbe "saboter" ait un seul sens. Au nom de la langue italienne et de la raison, je refuse la limitation de sens.
Il suffisait de consulter le dictionnaire pour archiver la plainte sans queue ni tête d'une société étrangère.
J'accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire."
Erri De Luca.
Auteur d'une oeuvre abondante et l'un des écrivains italiens les plus lus dans le monde, Erri De Luca est aujourd'hui poursuivi en justice pour avoir soutenu le mouvement NO TAV qui s'oppose à la construction de la ligne à grande vitesse du val de Suse. -
"L'illusion joue un rôle capital dans toutes les branches du savoir humain ; innombrables sont les fausses vérités qui infestent nos connaissances et qui ne doivent leur existence qu'à l'illusion."
Selon le propre aveu d'Auguste Lumière (1862-1954), c'est Louis (1864-1948), son frère qui, au cours d'une nuit de mauvais sommeil et avec une surprenante facilité, est l'inventeur du cinématographe. Mais tous deux nous font entrer de plain-pied dans la magie d'un monde industriel qui réinvente les choses. Fidèles à un pacte de jeunesse, emportés par "l'amusement continuel" d'une boulimie créatrice, ils cosigneront toujours leurs brevets d'invention, quel qu'en soit le véritable auteur. Auguste se tournera vers la médecine, Louis mettra au point, parmi bien d'autres, des inventions aussi déterminantes que la photographie instantanée ou en couleurs. Cependant, le nom des deux frères reste pour toujours attaché à l'invention du cinématographe qui, comme par un tour de passe-passe, fait surgir de l'écran des images animées donnant l'illusion de la vie. -
Né à Berditchev, ville de l'Empire russe, Josef Teodor Konrad Korzeniowski, dit Joseph Conrad (1857-1924), eut deux vies. La première, vouée à la carrière maritime. Vingt ans durant il sillonne les mers du globe. Brevet de capitaine au long cours en poche, on le retrouve à Marseille, Singapour, Bornéo, Berau, au Congo, en Australie, au Canada. Parlant couramment le polonais, l'allemand, l'anglais, le français (avec un accent marseillais), il décide, en janvier 1894, de se consacrer entièrement à son oeuvre littéraire qu'il rédige en anglais - sa deuxième vie commence. Du Nègre du Narcisse à Amy Foster, en passant par Lord Jim ou Au coeur des ténèbres, ses romans et nouvelles font de celui qui affirmait vouloir écrire pour le plus grand nombre l'un des plus grands romanciers de langue anglaise du XXe siècle.
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«L'agonie du Tibet, écrit Élisabeth Badinter dans sa préface au livre de Pierre-Antoine Donnet, ce n'est pas seulement des hommes assassinés, des nonnes et des prêtres torturés, des milliers de gens déportés dans des camps de rééducation, c'est aussi un véritable génocide culturel, linguistique et religieux. La sinisation systématique du Tibet est à moyen terme sa mort assurée. Et cela dans l'indifférence quasi générale.»
L'une des tragédies de ce siècle se joue actuellement au Pays des Neiges. Depuis son invasion par la Chine en 1950, le Tibet est asservi et colonisé. Tibet mort ou vif veut d'abord informer. Recueillis auprès des protagonistes tibétains aussi bien que chinois, de nombreux témoignages inédits et des documents exclusifs offrent un regard neuf sur ce choc de deux grandes civilisations dont les répercussions sont incalculables. Chef spirituel et temporel de six millions de Tibétains, le dalaï-lama, Prix Nobel de la paix 1989, y exprime son parti pris de tolérance et de non-violence. Avant qu'il ne soit trop tard... -
"Il y a longtemps que j'ai pris l'habitude de noter non seulement les étapes et incidents de mes voyages, mais les événements petits et grands de ma vie quotidienne, le temps qu'il fait, les métamorphoses de mon jardin, les visites que je reçois, les coups durs et les coups doux du destin. On peut parler de "journal" sans doute, mais il s'agit du contraire d'un "journal intime". J'ai forgé pour le définir le mot "extime"."
Michel Tournier. -
La chance de ma vie : j'ai fait de ma différence une force
Théo Curin
- Gallimard Audio
- Écoutez lire
- 1 Avril 2024
- 9782073071859
« On ne saura jamais quel aurait été mon destin sans cette maladie - une méningite bactérienne foudroyante à l'âge de six ans -, mais je n'aurais sans doute pas vécu le quart de ce que j'ai eu la chance de vivre jusqu'à présent. Je suis Théo Curin, vingt-deux ans, amputé des quatre membres, bien dans ma tête, bien dans ma peau. Quand on me demande comment je réagirais si on me rendait bras et jambes, je réponds : "Non, merci, je ne saurais qu'en faire !" J'ai des choses à dire et le sentiment d'être écouté, que demander de plus ? »
Sous nos yeux, Théo encaisse, se redresse, rebondit, se relance, se réinvente, se dépasse, se surpasse. Avec le naturel et l'optimisme qui le caractérisent, il raconte : la maladie, l'hôpital, la rééducation, mais aussi et surtout les rêves qu'il concrétise, les échecs qu'il surmonte et les défis qu'il relève.
Zouheïr Zerhouni interprète avec beaucoup de sensibilité cette remarquable leçon de vie que nous offre Théo Curin. -
'De notre naissance à notre mort, ce n'est pas un bref compagnonnage que celui du vêtement. Tous les jours, à toutes occasions, solennelles ou ordinaires, sans qu'on en garde le plus souvent la moindre conscience, nous vivons dans cette coque ou ce pelage. Le vêtement couvre et aussi souligne genre, condition sociale, usages et, bien sûr, mortalité.
Au travers de l'exposition d'une penderie, il ne s'agit pas tant de théoriser, mais de joindre, de laisser voir endroit et envers, le vêtement comme récit de son porteur. Je me souviens avoir particulièrement aimé le travail d'un artiste exposant l'envers de broderies, qui recouvraient un secret dissimulé dans la toile du canevas. J'aimerais qu'il en soit ainsi dans ce livre, un aller-retour du visible et du caché, de la matière au commentaire.'
Jane Sautière. -
Tant qu'on est tous les deux
Gaël Tchakaloff
- Gallimard Audio
- Écoutez lire
- 25 Août 2021
- 9782072951459
La romancière Gaël Tchakaloff a vécu, jour et nuit et des mois durant, au coeur du réacteur, au plus près du pouvoir et de ceux qui l'incarnent : le président de la République et la Première dame. Tant qu'on est tous les deux perce l'armure, les secrets, l'histoire d'amour et les conquêtes d'un homme et d'une femme qui ne ressemblent à nuls autres : Brigitte et Emmanuel Macron. Famille, amis, entourage politique, détracteurs... De fidélités en trahisons, chacun livre sa vérité.
Avec sa voix teintée d'espièglerie Gaël Tchakaloff donne vie à son propre récit. -
Ermite à Paris ; pages autobiographiques
Italo Calvino
- Gallimard
- Hors série Littérature
- 28 Janvier 2015
- 9782072483165
Les dix-neuf textes rassemblés dans le présent volume esquissent un portrait fragmenté d'Italo Calvino autant qu'ils racontent l'histoire de toute une génération. Car Calvino, en réfléchissant à sa propre biographie, revient sur notre histoire récente et sur les grandes questions qui la traversent. Il évoque ainsi le cauchemar fasciste et l'expérience du maquis, puis retrace le chemin de l'engagement communiste jusqu'à la désillusion. Avec l'ironie si particulière qui le caractérise, il parle de sa "névrose géographique" à travers les portraits des villes de San Remo, Turin, New York et, bien sûr, Paris, où il vécut quelques années et qui lui procure l'oxymore choisi comme titre de l'ouvrage. Autre texte majeur de cet ensemble, le "Journal américain, 1959-1960" fournit, en plus des observations très fines sur les États-Unis de cette époque, l'autoportrait le plus direct du volume.
Ermite à Paris propose un éclairage passionnant sur l'oeuvre d'Italo Calvino, qui fut tour à tour romancier, éditeur et journaliste. À l'heure où les Éditions Gallimard débutent la réédition intégrale de ses écrits, cet ouvrage offre une belle occasion d'entrer de plain-pied dans l'oeuvre d'un des plus grands écrivains du XXe siècle. -
La civilisation du spectacle
Mario Vargas Llosa
- Gallimard
- Hors série Littérature
- 21 Mai 2015
- 9782072542336
La culture contemporaine a connu une métamorphose et plus rien, semble-t-il, ne résiste à cette dénaturation, voire à cet effacement de sa valeur. La banalisation des arts et des lettres, le triomphe de la presse people et la frivolité des politiques sont, pour Mario Vargas Llosa, les symptômes d'un mal supérieur : la sacralisation du divertissement comme but ultime de l'existence dans nos sociétés. Alors que, naguère, la culture était un outil de formation et portait une exigence de lucidité, aujourd'hui la primauté du spectacle est devenue la règle qui conduit à la distraction, au sens propre, de toute conscience morale, intellectuelle et politique. Nous vivons l'époque des fausses icônes, des denrées périssables de l'esprit, de la forfaiture morale, en un mot, de l'aveuglement.
Mario Vargas Llosa, nobélisé pour avoir proposé une "cartographie des structures du pouvoir", tire la sonnette d'alarme et fait ici le procès de notre époque - futile, volage, suicidaire. Il revendique, une fois de plus, le droit à une culture autre qui, plutôt que de nous imposer de nouvelles servitudes, nous rende plus libres. -
Après avoir mené une triple carrière d'avocat, d'officier dans l'armée française et d'écrivain, défenseur des oeuvres de Louis-Ferdinand Céline, dont il a publié une biographie en trois tomes au Mercure de France, et de Jean Dubuffet, dont il préside la Fondation, François Gibault lève enfin le voile sur son passé sulfureux autant que classique, car l'homme est tout et son contraire, sans jamais se prendre au sérieux ni se départir d'un humour à froid qui constitue l'un des charmes de cette confession, exprimée dans l'ordre alphabétique, et donc dans le plus parfait désordre.
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Rappelez-vous cela, rappelez-vous bien tout
Radovan Ivsic
- Gallimard
- blanche
- 13 Mai 2015
- 9782072619120
Comment, après avoir choisi de se retirer au fond d'une forêt d'Europe centrale, se retrouve-t-on aux sources vives de la modernité ? Pourquoi, au croisement des routes, prend-on l'une et pas les autres ?
Si Radovan Ivsic a attendu le plus tard possible pour tenter de répondre à ces questions qui l'auront hanté pendant près de cinquante ans, c'est d'abord par souci de ne tirer aucun profit d'une trajectoire qui l'aura conduit d'une solitude délibérée à une ultime proximité d'André Breton. Mais c'est aussi afin d'avoir le plus de recul pour considérer ce qu'auront dessiné les chemins empruntés. -
"Parce que le monde me semblait de plus en plus incompréhensible, j'ai décidé de partir pour Detroit (Michigan), symbole de l'ancien capitalisme industriel, mais aussi du nouveau dans ses folies et ses dérèglements (crise des subprimes, désertification urbaine, problèmes écologiques, discriminations, ultra-violence, etc.). Là-bas, j'ai vu les maisons éventrées, les usines et les écoles murées, j'ai écouté des récits de vie, noué des amitiés profondes. C'était aussi pour moi une façon de clore une période de deux ans et demi d'intimité avec le cancer, les opérations, la chimiothérapie.
De fait, au fur et à mesure que l'écriture avançait, tout s'est mis à faire écho : mon corps, la ville, le monde. Nous nous trouvions dans un passage étroit et périlleux, un détroit en somme. Nous étions dans une économie de la survie."
Marianne Rubinstein. -
Ni essai ni biographie, Debout sur le ciel trace par images successives, toutes liées intimement à son travail d'écrivain, la figure d'un père, André du Bouchet, poète majeur de la génération des années 50-60.
Cest le monde élémentaire de la nature et des outils, de l'eau et de la pierre, des couleurs et des mots simples, sensibles au vent et à la lumière. Mais c'est aussi la présence de la musique, celle de Bach, Haydn ou Beethoven. Tout se tient ici ensemble, le mot, la musique, la couleur, sans cesse ramenés au plus simple, au plus immédiat.
Ce portrait du père est aussi un autoportrait : Debout sur le ciel n'est pas un livre "sur" André du Bouchet, mais plutôt une promenade avec lui. -
"Regardez-y de près, et vous verrez que la liberté est un mot vide de sens ; qu'il n'y a point, et qu'il ne peut y avoir d'êtres libres ; que nous ne sommes que ce qui convient à l'ordre général, à l'organisation, à l'éducation, et à la chaîne des événements."
Philosophe matérialiste, penseur politique audacieux, champion de la lutte contre l'obscurantisme et l'intolérance, romancier, théoricien du théâtre et du conte, codirecteur de l'Encyclopédie, Diderot (1713-1784) est l'une des figures les plus originales et les plus vigoureuses du XVIIIe siècle. Souvent précurseur de la pensée scientifique moderne dans la Lettre sur les aveugles ou le Rêve de d'Alembert, auteur de La Religieuse, "la plus effrayante satire des couvents", et d'un roman unique en son genre, Jacques le Fataliste, initiateur de la critique d'art, penseur en quête d'une morale laïque, il est bien le génie universel ou le "pantophile" que saluait Voltaire. -
L'homme au gilet rouge de la bataille d'Hernani : c'est l'image légendaire que conserve Théophile Gautier dans la mémoire collective. Et la légende dit vrai. Gautier a été l'un des coeurs battants du romantisme, à l'heure de son embrasement : 1830, où se succédèrent deux révolutions, le drame flamboyant de Victor Hugo et les barricades. Âgé d'à peine vingt ans, il fit alors l'expérience de la politique et entra en littérature. Aux illusions de l'une, il allait répondre par la religion de l'autre. Tandis que les prédicateurs, Hugo, Lamartine ou Vigny, aspiraient à remettre le siècle dans la bonne direction, Gautier entendait incarner une sorte de libertinage irresponsable et d'insoumission. Autour de lui se pressaient des poètes - Pétrus Borel et Nerval notamment - et d'autres artistes aussi singuliers que soudait une même fureur de vivre. Mais le culte de l'art nouveau contre les perruques classiques et les corsets de la morale devait se heurter, fatalement, aux réalités de la France moderne.
Difficile pour un fils de famille modeste d'échapper à sa condition sociale ; difficile également de concilier l'audace esthétique avec le marché élargi de la chose écrite. Fort du scandale que provoquèrent, en 1835, Mademoiselle de Maupin et sa préface, Gautier devint journaliste. Pendant près de quarante ans, l'apôtre de "l'art pour l'art" dut composer et ruser avec les servitudes de la presse et les pouvoirs en place. Ce qui n'empêcha pas ses chroniques d'enregistrer le meilleur de l'époque : de Balzac et Musset à Baudelaire et Flaubert, d'Ingres et Delacroix à Courbet et Manet, de Berlioz et Chopin à Verdi et Wagner. Avec Gautier pour guide, le lecteur d'aujourd'hui traverse le romantisme et voit se lever notre modernité ; car l'auteur du Capitaine Fracasse a aussi été le dédicataire des Fleurs du mal. Dérouler son existence, c'est enfin pénétrer dans l'intimité d'un homme qui redoutait plus que tout la solitude et la chasteté. Grand amoureux, grand voyageur, grande plume, tel que ce livre le fait revivre.